Mea maxima culpa…

23 octobre, 2009

Bonjour à toutes et à tous, j’ai eu l’agréable surprise de constater que ce blog, malgré sa courte vie et son abandon, était finalement lu par une petite centaine d’internautes chaque jour…

Je ne pouvais me résoudre à les abandonner comme cela :-) … donc me revoilà, toute honte bue (quel jeu de mot!).

Pommard 1er Cru Les Epenots - Nicolas Potel
1/30s | f2,8 | 400 iso | 75mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 f2,8

Ce qui est simple est beau… mais le beau peut être ennuyeux

Je vois la photographie de vin non comme du packshot mais comme du portrait… sauf que contrairement au portrait où chaque visage est unique, les bouteilles et les vins… tendent à se ressembler(!).

Pour aider le photographe, certains vins ont des étiquettes élaborées, originales, réfléchies, étonnantes, souvent belles, parfois de mauvais goût … mais un très grand nombre de vins sont d’un classicisme incroyable. Ne vous y trompez pas : je pense sincèrement que simple is beautiful (small aussi, je vous l’accorde), cependant, la simplicité m’ennuie lorsqu’elle est… source d’ennui. Rien ne ressemble plus à une bouteille de bourgogne simple qu’une autre bouteille de bourgogne simple.

Que faire? L’apport du decorum

Une bouteille n’est jamais seule, heureusement! Elle est entourée d’autres bouteilles, de verres, de carafes…. servez-vous en : déplacez les objets devant vous pour vous créer un premier plan, jouez des transparences, mettez l’accent sur les détails. Photographiez un mot au lieu d’une étiquette par exemple.

Dans les clichés illustrant cet article , je me suis focalisé sur la notion de “Cru” et j’ai construit ces photos autour de la déformation, de la netteté (photo ci-dessus) et de la couleur (photo ci-dessous). Pour varier les interprétations, je n’ai fait qu’utiliser les éléments qui me tombaient sous la main : un simple verre (de rouge) et le simple vert (d’une bouteille)!

J’ai doublé cette variation de décor d’une variation sur la façon de guider le regard : la netteté dans la photo ci-dessus et la couleur dans la photo ci-dessous.

Pommard 1er Cru Les Epenots - Nicolas Potel
1/30s | f2,8 | 400 iso | 75mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 f2,8

RQ : les photographies illustrant cet article peuvent être réalisées avec du matériel raisonnable ou pro (reportez-vous aux paragraphes adéquats de la page équipement pour en savoir plus)

La Chablisienne
1/15s | f2,8 | 400 iso | 44mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 f2,8

Cette photographie ne comporte pour ainsi dire que deux couleurs qui “vont ensemble” et constitue à ce titre un bon exemple (un prétexte ?) pour cette première plongée au coeur de la couleur…

Théorie de la couleur

Qu’y a-t-il derrière l’idée que des couleurs “vont ensemble”? Comment formaliser l’harmonie chromatique ?

La théorie des couleurs est un vaste sujet que l’on peut résumer à trois “écoles d’accord” :
- le contraste
- la proximité
- l’empirisme

Dans cet article, nous allons aborder la quesiton du contraste.

Le contraste est la théorie la plus répandue, aussi avez-vous sans doute déjà entendu parler de “couleurs complémentaires”.
Sur le cercle chromatique, les couleurs diamètralement opposées sont appelées couleurs complémentaires, ce sont les couleurs qui produisent le plus fort contraste visuel.
Cercle chromatique
Il s’agit du fruit des travaux de théorisation de la couleur de Johannes Itten qui a basé son raisonnement sur le principe de mélange des couleurs, distinguant (rapportez-vous au cercle ci-dessus):
- les couleurs primaires (qui ne peuvent être obtenues par le mélange d’aucune autre couleur, c’est à dire le jaune, le bleu et le rouge)
- les couleurs secondaires qui proviennent des mélanges de deux couleurs primaires entre elles (bleu+vert=vert bleuté)
- les couleurs tertiaires qui proviennent du mélange d’une couleur primaire avec sa couleur complémentaire (bleu+jaune=vert)

En pratique : merci à la femme en rouge

La photographie illustrant cet article présente un cas classique de complémentarité entre le rouge et le vert, même s’il s’agit ici de couleurs relativement sombres.

Cette photo est née, comme beaucoup d’autres, au cours d’un salon… Au gré des dégustations, je suis arrivé au stand de la chablisienne où mon palais a été séduit par les grenouilles (2004) et mon regard par le logo de la chablisienne lui-même : une charmante et délicate silhouette vert pale sur un fond vert sombre.

J’ai cherché diverses compositions mais rien n’y faisant, les clichés manquaient de vie, manquaient de contraste (tout verdatres qu’ils étaient)… jusqu’à ce que je trouve le fond parfait : du rouge sombre pour contraster avec le vert!

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt? Parce que ce rouge n’était pas là plus tôt et pour cause : il s’agit de la robe d’une charmante inconnue venue m’offrir un arrière plan de rêve… (je garde secrète la photographie où c’est l’arrière plan qui est net!)

Clos de Vougeot Grand Cru (Maison Chanson)
1/40s | f2.8 | 800 iso | 70mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 2,8

J’ai eu l’occasion de déguster pour la première fois les vins de la Maison Chanson lors du Grand Tasting de Novembre 2008 et j’ai été soufflé par ce que j’ai vu bu.

Je me suis par conséquent mis en tête de réaliser un portrait de leur Clos de Vougeot, c’est à dire un cliché épuré, aussi aérien, élégant et vivant que leur vin.
En termes visuels, je recherchais donc une composition simple mais serrée, relativement équilibrée, avec peu de couleurs et un blanc important.

Prendre de la hauteur en plongeant

Tous les habitués des salons savent que les stands ne constituent pas exactement des arrières-plans sobres et neutres : bouteilles, caisses, carafes, verres, public, vignerons viennent “encombrer” l’espace…
Par conséquent, il ne faut pas hésiter à changer de point de vue et une technique que j’emploie fréquemment pour m’affranchir d’un arrière plan qui ne me satisfait pas consiste à tout simplement prendre mon cliché en plongée (c’est-à-dire “d’en haut”).

Plongée en profondeur (de champ)

L’autre intérêt d’une prise de vue en plongée est qu’elle permet de mettre en avant un texte écrit horizontalement (par exemple sur une étiquette) au moyen d’une faible profondeur de champ.

La profondeur de champ est une zone où les objets photographiés sont nets, et cette zone est parallèle au capteur (ou à la pellicule) de votre appareil photo, c’est-à-dire perpendiculaire à votre objectif. Pour cette raison, si vous photographiez une bouteille en vous plaçant parallèlement à celle-ci (ni en plongée ni en contre-plongée), vous ne pourrez pas rendre une ligne d’une étiquette nette et les autres floues.
(Je sais que ce n’est pas évident, n’hésitez pas à demander des explications dans les commentaires.)

J’ai, lors de ce portrait de vin, voulu mettre en avant l’appellation, si bien que j’ai opté pour une grande ouverture (f2,8) et une longue focale (70mm) afin d’obtenir une faible profondeur de champ. Je n’ai dès lors plus eu qu’à faire la mise au point sur “Clos de Vougeot”… et voilà.

Je suis très heureux de l’accueil que ce blog reçoit mais vos commentaires et ce sujet sur degustateurs.com me font prendre conscience qu’un certain nombre d’entre vous se dit :

“En même temps, le monsieur et son D2X a un matos “un peu” autre que le commun des mortels!” (Jehan, sur degustateurs.com)

Ce n’est pas surprenant de le penser, mais je vous encourage à ne pas vous méprendre : à de rares exceptions près, toutes les photos de ce blog sont réalisables avec du matériel relativement peu onéreux, de l’ordre de quelques centaines d’euros.

J’ai créé une page dédiée à ces problématiques accessible ici.

Le flou au secours du fond

7 février, 2009

Vin jaune du jura (Domaine Baud)
1/60s | f2.8 | 400 iso | 65mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 2,8

J’aime beaucoup les dégustations et j’aime beaucoup la photo… mais hélas, si les vins sont souvent bons, la lumière ne l’est  jamais et l’arrière plan que rarement.

Du coup, pour les photos de dégustations, je distingue 3 options :

  • Utiliser un flash pour occulter la lumière ambiante (un prochain article sur cette technique)
  • Prendre des plans rapprochés
  • Utiliser une profondeur de champ très faible pour estomper et ainsi s’affranchir de l’arrière plan (d’où le flou au secours du fond…)

(Petit) rappel technique

La profondeur de champ est la distance entre le premier plan net et le dernier plan net d’une photo. Elle est fonction de 3 paramètres (4 pour les measurebators), à savoir l’ouverture, la focale et la distance de mise au point (le 4 eme paramètre étant le cercle de confusion qui dépend du format de pellicule pour les argentiques et du couple format de capteur/densité du capteur en nombre de pixels pour les numériques).

Pour une profondeur de champ minimale, il vous faut l’ouverture la plus grande possible, la focale la plus longue possible et la distance de mise au point la plus faible possible.

Si ces paramètres sont poussés à l’extrême (du genre 200mm f2,8 à 120cm de distance), la profondeur de champ peut devenir si faible que sur un portrait l’oeil de votre modèle serait net mais son nez et ses oreilles seraient flous.

(A l’inverse, avec une mise au point à l’infi et un objectif 18mm à f16 à peu près tout ce qui est à plus de 1 mètre de votre appareil sera net, d’où l’intérêt de ce type de réglage pour les photos de paysages.)

“Impression vin jaune”

Pour la photo de cet article, mon arrière plan était fait d’autres dégustateurs, la dégustation se déroulait sous des néons et sur une table en formica marron… pas exactement le rêve.

J’ai donc opté pour la technique de la photo floue : j’ai ouvert au maximum (f2,8), j’ai choisi une focale relativement longue (65mm) et j’ai réduit le plus possible ma distance de mise au point (30cm environ).

Mon but dans cette photographie a été de méler la clarté presque figurative du sujet représenté au caractère quasi-abstrait de la représentation de celui-ci, dans l’esprit de l’impressionnisme.

J’ai ainsi profité de la condensation qui s’est déposée sur le verre pour créer un flou total puisque le verre étant couvert de buée, il parait lui-même flou.

Une goutte de netteté

Mais pour tout vous dire, ce qui me fait aimer cette photo, c’est encore un autre hasard : la “goutte de netteté” produite par une coulée à l’extérieur du verre qui offre un heureux point d’accroche à cette photo et la sort du registre purement coloriste.

Cette photographie, en camaïeux de bruns, assez low key a été prise lors du Tupperwine 15.0 organisé par Fabrice de VinSurVin avec les vins d’Alain Chabanon.

Domaine Alain Chabanon - Campredon 2007

Domaine Alain Chabanon - Campredon 2007
1/13s | f4,5 | 800 iso  | 48mm | Nikon D2X  et Nikkor 18-70 AFS 3,5-4,5

Ce qui m’a tout de suite plu dans cette étiquette, c’est son aspect très graphique, et ce malgré le caractère très discret de l’image qui y est représentée.

Graphique mais sans insister sur l’image(!)? Oui, en utilisant la typographie comme élément et informatif (ce qui est son usage “normal”), mais aussi visuel, comme une toile où les mots feraient office de coups de pinceau.

Du sens de la typographie

Deux grandes familles de typographies sont utilisées :

  • Une typo avec empatements (pensez aux extrémités des caractères en times new roman) pour “Campredon” et “par Alain Chabanon“, c’est-à-dire pour les mots qui relèvent en un sens de l’abstrait : le producteur/marque, le nom de cuvée
  • Une typo sans empatements (pensez aux extrémités “nettes” des caractères en arial) pour les informations concrètes et “terre à terre” : appellation, millésime, mentions légales

Cette dichotomie entre deux “natures” d’information est assez naturelle et se retrouve sur quasiment toutes les étiquettes, mais dans une forme moins élaborée où généralement seules la taille et éventuellement la graisse (gras, normal, fin, etc…) varient.

L’orientation de la typographie est elle même mise à profit pour dynamiser la composition au moyen de lignes verticales.

De façon générale, les verticales affinent une composition en s’élançant vers le ciel, et véhiculent un sentiment de légèreté et de finesse contrairement à l’accumulation d’horizontales (si fréquente sur les étiquettes de vin) qui, elles, évoquent plus la terre (l’horizontale est la position de stabilité lorsqu’un objet est soumis à la gravité) avec ce que cela a de positif (terroir, sérieux, confiance) et de négatif (lourdeur, pesanteur, rusticité).

Une symétrie centrale source de mouvement

Représentation schématique de la composition de l'étiquette

Représentation schématique de la composition de l'étiquette

L’étiquette présente une composition complexe basée sur la symétrie centrale autour de l’illustration. Je trouve que l’effet est très réussi car combiné avec les choix typographiques expliqués ci-dessus, le regard se trouve guidé en l’étiquette se lit en spirale : “Campredon”, puis “par Alain Chabanon”, puis 2007, puis l’appellation et les autres mentions écrites verticalement à gauche de l’étiquette.

C’est donc cette lecture non linéaire (on ne va pas de gauche à droite et de bas en haut sur cette étiquette) qui contribue à insufler le mouvement à la composition.

Conclusion

Pour avoir pu écouter Alain parler de sa façon de travailler et de son regard sur son métier, je trouve que cette étiquette s’accorde parfaitement à sa personne et ses idées.

Du raffinement et des choix intelligents : le graphisme au service de l’idée!

Bonjour et bienvenue sur ce modeste blog où j’ai décidé de parler des passions que j’ai la chance de concilier dans mon quotidien : le vin, la photographie et le design.

Vin jaune en cours dagitation

Vin Jaune en cours d’agitation
1/250s | f6,3 | 100 iso | 75mm | Nikon D2X et Tamron 28-75 2,8 | SB-800 déporté

Le contenu de ce site sera organisé autour de trois thèmes principaux :

  • “Photographier le vin” :
    L’histoire d’un cliché, du vin photographié à la technique utilisée
  • “Gens du vin” :
    Personnes, personnalités rencontrées au hasard de mes dégustations
  • “Boire avec les yeux” :
    Analyse visuelle et réflexion sur les vins et leurs habillages (étiquettes, bouchons, bouteilles…)

Enfin, quelques billets d’humeur et autres (légers!) hors-sujets finiront immanquablement par se faufiler sur ce blog.